Le syndicalisme, outil indispensable du combat pour la paix

Le constat est sans appel. D’un côté, selon les projections officielles, le budget de la guerre va doubler en dix ans, passant de 32 milliards d’euros en 2017 à 64 milliards prévus en 2027, avec pour objectif d’atteindre, à terme, 5 % du PIB, soit 150 milliards d’euros par an. De l’autre, une petite musique s’installe dans les hautes sphères de l’État et des médias, consistant à affirmer qu’il faudrait être «prêt à accepter de perdre ses enfants » pour la guerre impérialiste. C’est dans ce contexte que le président Macron annonce la réintroduction d’un nouveau service militaire, dont on sait bien que les premières cibles seront les enfants des classes populaires, transformés en chair à canon.

Le tout accompagné d’une propagande médiatique et politique absurde mais efficace, menée tambour battant par les classes dominantes. Elle consiste à désigner d’un côté des soi-disant ennemis extérieurs (la Russie, la Chine) et de l’autre des soi-disant ennemis intérieurs (les musulmans, les syndicalistes, les « wokistes »), pour créer un climat propice à l’acceptation de l’inacceptable.

Face à cette offensive idéologique et budgétaire d’une brutalité inouïe, le mouvement pour la paix en France apparaît terriblement faible et peu audible. Et lorsque le sujet est sur la table, la responsabilité de l’impérialisme français et plus globalement les intérêts économiques capitalistes qui le motivent ne sont qu’à peine nommés.

Pourtant, cette nouvelle hausse historique du budget de guerre aura des effets massifs rapides sur les conditions d’existence et de travail des travailleurs et plus largement de l’ensemble des classes populaires. Elle doit impérativement être mise en corrélation directe avec le plan d’austérité XXL de violence sociale qu’on tente de nous imposer ; c’est d’autant plus évident quand, pour la première fois sous la Ve République, le budget de l’armée devrait dépasser celui de l’Éducation nationale. Le projet de la bourgeoisie et de l’État à ses ordres est pourtant clair : mener la guerre impérialiste à l’extérieur, couplée à une guerre sociale à l’intérieur. Pour ce faire nos syndicats doivent devenir la colonne vertébrale de la lutte contre la guerre et contre la hausse des budgets de guerre.

À l’heure où les plans de licenciements se multiplient, jetant des centaines de milliers de familles dans l’angoisse du lendemain, alors que la vie est de plus en plus chère, alors que nos conditions de travail et de vie se dégradent largement, cette diversion est bien pratique car détourne le peuple de France des vrais enjeux qui nous touchent toutes et tous au quotidien. D’autant plus que les travailleurs n’ont strictement aucun intérêt à la guerre. Concrètement, pour nous, cela signifie la liquidation de tous nos conquis sociaux, une paupérisation accélérée (chaque centime dépensé dans la guerre l’est au détriment du bien commun) et surtout, nous envoyer sur le front de la mort !

Il s’agit aussi pour nous de bien pointer les vrais responsables de cette situation. Du point de vue des intérêts de la bourgeoisie, la crise généralisée du capitalisme occidental ne peut que dégénérer en guerre. Elle a besoin des conflits armés et du développement d’une économie de guerre pour maintenir et accroitre ses taux de profits exorbitants, dans un contexte où sa mainmise sur le monde est remise en cause.

C’est la logique même de l’impérialisme, stade suprême du capitalisme : un système financier et monopolistique arrivé à bout de souffle. Pour survivre, il doit s’accaparer de nouveaux marchés, s’approprier toujours plus de richesses, et intensifier l’exploitation de l’Homme comme de la nature. Cette logique mène inévitablement aux conflits armés, notamment pour la conquête de territoires et de ressources.

Alors que faire ?

Il est urgent de sortir des déclarations d’intention pour construire un véritable plan de bataille ayant pour cœur la destruction du budget militaire, colonne vertébrale de l’austérité et de la barbarie.

Faire du lien guerre/austérité le centre de notre déclinaison syndicale

Il est urgent d’agir dans nos syndicats, nos sections et nos entreprises, pour que cette question – qui cristallise toutes les autres – soit au cœur de notre militantisme. Cela passe par un travail patient de discussions, pour montrer à nos collègues que nos réalités matérielles seront touchées très concrètement par la guerre. Nous pouvons par exemple défendre des mots d’ordre simples mais signifiants, comme :

« De l’argent pour les salaires et les besoins sociaux, pas pour la guerre ».

Reconstruire un syndicalisme de lutte et de classe

Nous savons que pour défendre pleinement les intérêts de notre classe et lutter contre la course à la guerre, nous avons besoin d’un syndicalisme révolutionnaire.

En effet, d’une part il nous faut rompre avec l’institutionnalisation du syndicalisme dans les structures bourgeoises, premier pas vers l’union sacrée avec la bourgeoisie dans le contexte de guerre. D’autre part, pour sortir des manifestations et grèves purement symboliques, il est nécessaire d’organiser de manière combative les luttes de l’ensemble de notre classe en intégrant notamment ses fractions les plus précaires.

Bâtir l’unité la plus large possible sur des bases claires

Plus globalement, nous avons besoin de construire l’unité des organisations et des collectifs les plus larges possible, sur des points d’unité clairs et mobilisateurs. Ces points peuvent être : la sortie immédiate de l’OTAN, l’opposition frontale à notre propre impérialisme, la fermeture des bases militaires françaises à l’étranger, et le refus de toute participation à la guerre économique et militaire contre les peuples. L’initiative de l’URC, avec la manifestation du 11 novembre rejointe par 70 organisations, était une contribution dans ce sens. Si le rassemblement de 1000 personnes à Paris reste modeste face à l’ampleur de la tâche, il trace une ligne politique indispensable. Aussi, il est plus qu’indispensable que nos organisations syndicales rejoignent le front pour la paix et le développent.

En tant que communistes, nous savons que seule la révolution socialiste-communiste permettra d’écarter définitivement le risque de guerre impérialiste en renversant le système capitaliste-impérialiste qui l’engendre. Mais nous savons aussi que nous avons un rôle à jouer dès maintenant pour inverser la tendance, organiser la résistance et bloquer ici et maintenant la folie guerrière du pouvoir. Cette perspective ne pourra que redonner à notre classe confiance dans sa capacité à tracer des perspectives d’émancipation.

Article issu du Manifeste n°33

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