Lors des municipales des 15-22 mars 2026, candidat-e-s de droite comme de gauche, aidés par les médias au service du bloc bourgeois macroniste et ses alliés, montent d’un cran dans la surenchère de propositions sécuritaires. Les discours tournent en boucle sur fond de trafic de drogue présenté comme en « explosion » inédite. Les meurtres et agressions sont décrits comme en hausse fulgurante et l’immigration est sans cesse qualifiée de « massive ». La situation des quartiers populaires serait devenue insupportable du fait de l’insécurité. Il en sera certainement de même jusqu’aux élections présidentielles en 2027, à l’instar des précédentes campagnes électorales.
Contraints de constater l’augmentation de la pauvreté et la dégradation des conditions de vie des habitants des quartiers populaires, les candidat-e-s et les médias en proposent des explications fallacieuses : immigration, narcotrafic, délinquance des mineurs, communautarisme religieux …
Ces postures électorales ne prennent pas en compte les demandes légitimes de la population en termes de « sécurité ». Car la première cause de l’insécurité, c’est la question sociale. La sécurité au quotidien, c’est d’abord une protection sociale pour que chacun et chacune puisse vivre dignement par :
- des droits fondamentaux et égaux pour tous et toutes indépendamment des origines sociales, ethniques ou religieuses,
- le droit à une alimentation saine,
- un logement digne,
- un salaire augmenté et un travail adapté,
- l’accès à des soins, à une éducation, une formation professionnelle, à des transports communs gratuits sans agents armés, aux loisirs et à la culture,
- la fin d’une police qui harcèle, discrimine et commet des crimes racistes ou sexuels en toute impunité
La question sociale est une question éminemment politique qui trouve son origine dans les luttes ouvrières de sorte qu’elle n’apparaît que dans la 2e constitution Française à la suite de la révolution de février 1848. C’est ainsi que, depuis la proclamation de la seconde république, la plus courte de l’histoire, sera inscrit aux constitutions françaises « République Démocratique et Sociale ».
Dans une France écrasée par la misère et la faim, la Commune de Paris de 1871, bien que brève, a ouvert la voie à un idéal d’émancipation sociale et collective par un pouvoir ouvrier et populaire. Depuis, cette perspective n’a cessé d’être combattue, réprimée et étouffée pour maintenir un ordre capitaliste fondé sur l’exploitation, les inégalités et la guerre.
La « lutte contre l’insécurité » dépolitise la question sociale. Il n’y a pas de « lutte contre l’insécurité » possible sans prise en compte réelle des crises économiques et sociales dans un contexte de précarité grandissant.
Trafic de stupéfiants, délinquance et violences urbaines sont des conséquences de la dégradation des conditions de vie élémentaires et non leurs causes
Depuis les années 80, l’insécurité occupe une place croissante dans les discours politiques. Elle y est souvent présentée comme le signe d’une défaillance des moyens ou de l’autorité policière, afin de légitimer les revendications de la police, la victimiser et formater l’opinion à une idéologie sécuritaire. Or l’insécurité est une conséquence de la dégradation des conditions de vie élémentaires et non leurs causes.
Présenter des conséquences comme étant des causes revient à invisibiliser ces dernières : à savoir, les processus de paupérisation, de précarisation, de ghettoïsation et le racisme structurel subis par les habitant-e-s des quartiers populaires depuis les débuts des politiques dites « néolibérales » du tournant de la rigueur du gouvernement Mauroy sous la présidence Mitterrand en 1983. A partir de cette date la classe dominante fait le choix de rechercher la maximisation de ses profits par l’exportation de ses entreprises vers les pays où la main d’œuvre est moins coûteuse et les droits sociaux moins importants. Ce tournant rejoint l’idéologie libérale rattachée à la construction de l’Union Européenne.
La désindustrialisation qui en découle n’est pas un accident imprévisible mais une conséquence logique d’un choix économique et politique. Elle suscite tout aussi logiquement une masse de travailleurs précaires et privés d’emplois porteurs de révoltes par leurs conditions d’existence et qu’il faut en conséquence surveiller par des politiques sécuritaires. Elle suscite inévitablement le développement des comportements de survie qui se traduisent entre-autres par la délinquance ou le trafic de stupéfiants.
Pour l’URC, les municipales 2026 vont avoir, au-delà des particularités locales, une signification nationale préparant les présidentielles de 2027 dans un pays marqué par un processus de fascisation et de reculs des droits sociaux allant de pair avec la marchandisation de l’ensemble des services publics du pays.
Le consensus quasi général des partis politiques sur les questions dites « sécuritaires » et sur le recours à toujours plus de police pour régler des problèmes sociaux ne fait qu’aggraver une fascisation déjà largement enclenchée.
Les habitant-e-s des quartiers populaires en sont conscient-e-s. Certains perçoivent clairement l’origine de leurs difficultés dans l’inégale répartition des richesses du monde capitaliste, où les besoins fondamentaux de la population sont occultés de la même manière que les exigences de paix entre les peuples. D’autres pressentent l’origine de leurs difficultés sans savoir la formuler précisément. L’abstention importante est leur réponse : 40 % en 2014, puis 58 % en 2020 trop rapidement attribuée à la pandémie. Ces taux d’abstention importants marquent une rupture de légitimité du pouvoir aux yeux d’une partie croissante de la population.
Le « tout-sécuritaire » : seule réponse de l’État à sa crise de légitimité
Cette chute de la participation aux élections depuis de nombreuses années est un indicateur incontestable d’une crise de légitimité du pouvoir. Si cette crise de légitimité s’étend bien au-delà des quartiers populaires, elle est en leur sein plus ample et plus ancienne. Les révoltes des jeunes des quartiers populaires sont récurrentes depuis quatre décennies. Depuis les révoltes de Minguettes en 1981-1983 sur fond de désindustrialisation et de la perte de 5000 emplois les années précédentes à Vénissieux, elles n’ont plus cessé. Depuis les révoltes de Vénissieux, elles se sont étendues à plusieurs reprises à l’ensemble de l’hexagone. Toutes ont en commun de naître en réaction à des violences institutionnelles et policières, sur fond de racisme structurel.
La révolte populaire de Vénissieux symbolise la descente aux enfers des quartiers populaires du fait de l’abandon du programme commun par Mitterrand au profit de politiques « néolibérales », du choix de la désindustrialisation, et plus fondamentalement de la renonciation à un objectif de « sécurité sociale » pour toutes et tous. Les gouvernements successifs de droite comme de gauche se sont donc cantonnés à une politique de « contrôle social » pour remplacer les services publics sensés répondre aux besoins sociaux de la population.
L’État lance les Développements sociaux de quartiers (DSQ) : une politique qui allie l’ « urbanisme » à la « prévention de la délinquance », tandis que l’emploi est surtout abordé par des solutions basées sur le parcours individuel – insertion/formation, de « contrat d’engagement » impliquant des milliards d’aide aux entreprises pour les « emplois-aidés » par le jeu des suppression des cotisations patronales, de baisse d’impôt sur la fortune et de zones franches. Autrement dit, dès les débuts de la politique de la ville, l’État « gère » les quartiers sans s’attaquer aux causes des problèmes: il rénove, encadre et occupe les gens mais renonce surtout à une véritable politique d’emploi et à une stratégie de réindustrialisation.
C’est aussi à cette époque que s’installe durablement la logique sécuritaire. Cela n’est pas un hasard si les contrôles d’identité dits « préventifs » (loi Peyrefitte 1981) se banalisent et ciblent les habitants des quartiers populaires qui concentrent les personnes issues de l’immigration. Après des décennies d’illusions déçues — entre antiracisme moral officiel, lutte symbolique contre les discriminations et autres « plans banlieues », comme celui demandé par Macron au lendemain de son élection puis aussitôt enterré en 2018—, les promesses ont laissé place aux renoncements. L’État ne propose plus aujourd’hui qu’une seule réponse, parce qu’il a renoncé au reste : le « tout-sécuritaire ». Pas une sécurité pour mieux vivre ensemble, mais une sécurité de maintien de l’ordre social face au désordre qu’il provoque lui-même. Et pendant ce temps, les causes réelles de l’insécurité – précarités, relégations, discriminations institutionnelles, démantèlement des services publics – sont ignorées et s’aggravent.
Dérive sécuritaire : un abandon des quartiers populaire déguisé en politiques publiques
Depuis le tournant néolibéral des années 1980, l’État a progressivement démantelé les politiques sociales et fait sombrer les habitant-e-s des quartiers paupérisés dans la violence sociale et la répression policière. Résultats, les quartiers populaires ont été les territoires les plus frappés aussi bien par la violence institutionnelle et policière (suppressions d’allocations familiales, meurtres policiers) que par le chômage de masse, l’abandon de services publics, la fermeture de centres sociaux, la désertification médicale, la hausse des coûts de transports, la fragilisation du logement social.
Tout cela a précarisé et relégué des territoires entiers qui ont été abandonnés face à des réseaux criminels qui sont venus trouver une main-d’œuvre bon marché dans une jeunesse qu’on prive d’avenir. Quand tout manque – emploi, droits, perspectives – les contradictions au sein des classes populaires s’aiguisent, et la violence se retourne trop souvent contre elles-mêmes.
Incapable de reconstruire du lien, des protections et des droits, l’État préfère cibler des populations, principalement issues des immigrations post-coloniales, et transformer des quartiers en zones de non droit où doivent fonctionner à plein régime les pratiques de surveillances et de répressions héritées des méthodes coloniales au nom d’une prétendue reconquête de « territoires perdus de la République ». Les quartiers populaires et leurs habitants sont transformés en ennemis de l’intérieur, en classe dangereuse à surveiller et à réprimer.
On peut tenter de retracer les grandes étapes de cette dérive sécuritaire :
- Le plan Vigipirate, ininterrompu depuis 1995, a installé l’idée qu’un conflit extérieur justifie, à l’intérieur, une intensification de la surveillance et du contrôle des populations – principalement celles d’origines immigrées qui se trouvent suspectées de « double allégeance » lors des guerres impérialistes.
- Début des années 2000 : suppression de la police de proximité au profit d’une logique d’interpellations et de « résultats » avec la BAC, créée par un spécialiste de la répression coloniale en Algérie et qui a surtout servi des carrières politiques et des coups de com’.
- Loi Sécurité intérieure (2003) qui a imposé une politique du chiffre sur la petite délinquance et légalisé la doctrine raciste du « contrôle d’identité » au faciès sans besoin de motifs. Rappelons que depuis une personne perçue comme « noire ou arabe » a 20 fois plus de chances d’être contrôlée (CNRS, Open Society). L’ONU et la CEDH ont critiqué et condamné la France pour ces discriminations systémiques à 5 reprises.
- L’État d’urgence permanent. L’État n’a cessé d’empiler les lois antiterroristes et sécuritaires : la loi Renseignement (2015) élargit les moyens de surveillance, puis la loi Sécurité Intérieure et Lutte contre le Terrorisme (2017) donnant tout pouvoir au préfet de police jusqu’à la loi Cazeneuve « permis de tuer » du 27 février 2017. Ces mesures font entrer dans le droit commun des mesures héritées de l’état d’urgence désormais permanent.
En parallèle, les lois de sur la départementalisation (2023) et sur les métropoles (2014) et la sécurité dans les transports (2016), ont eu pour effet respectivement de diluer la police judiciaire dans du « maintien de l’ordre » et de permettre aux agents de sécurité dans les transports publics d’être armés pour le contrôle des titres de transports.
- Dernière couche en date du « tout répressif » : Macron veut élargir les pouvoirs de la police municipale : – armement létal facilité, relevés d’identité étendus, brigades spécialisées. Si cette possibilité existe depuis 1989, l’armement des polices municipales s’est fortement accru : d’après la Cour des comptes, dans les 3 812 communes dotées d’une police municipale, 58 % des agents portaient une arme à feu en 2024, contre 37 % en 2014. Nous alertons sur les risques que constituent le fait de constituer une milice armée au service des maires pour les habitants.
Pour les maires qui souscrivent à cette dérive et font dans le spectacle de mesures sécuritaires, la « lutte contre l ‘insécurité » se résume surtout à faire croire aux électeurs qu’ils font quelque chose pour répondre au malaise de la société.
Ne laissons pas l’agitation électorale actuelle nous faire croire qu’une mairie peut remplacer le travail régalien de l’État contre la criminalité organisée.
La tranquillité et la sûreté publique ne seront ni assurées par plus d’effectifs de police dédiés au seul « maintien de l’ordre » ni par la transformation de la police municipale en pansement des démissions de l’État !
« Sentiment d’insécurité » : l’instrumentalisation des peurs fabrique du consentement aux dérives sécuritaires mais ne protège personne
Le « maintien de l’ordre » est devenu le prisme principal à travers lequel toutes les dérives sont justifiées et tout peut être réinterprété : les conflits sociaux, les quartiers populaires et la jeunesse sont reliés – non plus d’abord comme des questions sociales d’urbanisme, d’éducation ou d’emploi – mais comme autant de problèmes de sécurité à gérer. Pour imposer cette grille de lecture le « sentiment d’insécurité » est invoqué en permanence . Or le « sentiment d’insécurité » n’est ni spontané ni proportionné aux délits et crimes réellement commis. L’Insee montre ainsi qu’il est resté globalement stable entre 2010 et 2019, alors même que les formes de la délinquance se transformaient. Il est resté stable alors que par exemple ces 10 dernières années d’après les données du Ministère de l’Intérieur la délinquance des mineurs a diminué et leur part dans les délits commis est passée de 22 % en 1998 à 12% en 2023 (Centre d’observation de la Société, 2024). Cette contradiction montre que l’insécurité est aussi le fruit d’une construction politique et médiatique.
Quand les agendas politiques des mairies se réduisent à réagir à une succession de faits divers, quand les médias en font des couvertures quotidiennes et anxiogènes, quand les syndicats policiers s’invitent dans ce narratif pour imposer leurs visions alors la réputation d’une ville ou d’un quartier peut très vite se dégrader et le « sentiment d’insécurité » grimper. C’est ce qui est arrivé à Grigny après les attentats de 2015 et c’est ce qui arrive actuellement avec les règlements de compte du crime organisé à Grenoble, Echirolles, Marseille… Nantes a connu cela également après une série de faits divers marquants en 2022 qui a installé l’image d’une ville dangereuse. Comme contrefeu la métropole avait lancé un baromètre pour faire un état des lieux des crimes et délits enregistrés. Ces chiffres ont raconté une histoire beaucoup plus nuancée, où Nantes apparaissait plutôt mieux placée que la moyenne des métropoles nationales sur la plupart des indicateurs.
Il en va de même à l’échelle nationale : régler les problèmes de sûreté et de tranquillité nécessite de remettre de l’objectivité dans le débat public en combattant toute forme d’instrumentalisation politique et médiatique sur ces sujets. Même si les crimes et délits enregistrés par le ministère de l’intérieur ne résument pas toute l’insécurité vécue, ces données montrent une tendance qui contraste avec les discours justifiant le recours à toujours plus de mesures sécuritaires. Par exemple on note les baisses en 2024-2025 des homicides (-2%), des vols violents sans armes (-11%), des cambriolages et vols de véhicules (-3% et -9%), des destructions et dégradations (-4%), mais une hausse des violences intra-familiales (+3%), des VSS (+8%), des escroqueries et fraudes (+8%), de l’usage de drogues (+6%) et de leurs trafics (+8%)
La dérive sécuritaire est un accélérateur de fascisation du régime
Les conséquences de la dérive sécuritaire, sont de plus en plus visibles et meurtrières suite aux violences policières, sur fond de dégradations des conditions de vie des classes populaires, de développement de trafic de drogue, du racisme, et une justice qui peine à rendre des décisions à la hauteur des crimes commis par les forces de l’ordre. Le régime continue à alimenter cette dérive vers la fascisation, en proposant en janvier 2026 un projet de loi permettant de « reconnaître une présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre ». Ce projet de loi est porté par LR, soutenu par le RN qui en rêve depuis longtemps, revendiqué par le syndicat Alliance, par les macronistes et le ministre de l’Intérieur L. Nunez. S’il venait à être voté, il viendrait compléter l’arsenal de mesures sécuritaires répressives et liberticides et risque de faire exploser le nombre de nos morts.
Les dispositifs sécuritaires que subissent les populations dans les quartiers populaires servent de laboratoire au maintien de l’ordre : ce qui s’expérimente ici se normalise ailleurs et pour d’autres : gilets jaunes, syndicalistes, agriculteurs, militants ruraux et écologistes… Le « tout-sécuritaire » appuyé par l’influence exercée par le syndicat de police Alliance imbibé de l’idéologie raciste de l’extrême droite, est un avant-poste du processus de fascisation du régime.
Enfin, soulignons le biais de classe des maires qui encouragent cette dérive : jamais ils ne parlent de l’insécurité que leurs mesures font peser sur les habitants des quartiers populaires. Dans certaines villes, humiliations, harcèlements et contrôles répétés par la police – municipale comme nationale- sont quotidiens. En région parisienne, la multi-verbalisation («amendes forfaitaires »), sanctionnant y compris en l’absence d’infraction ou de contrôle, n’a qu’un but : chasser des espaces publics les personnes que les stéréotypes racistes de cette institution désignent comme potentiels délinquants ou criminels. Certains jeunes se voient ainsi endettés de plusieurs milliers d’euro et privés d’avenir par la police juste pour avoir été dehors en bas de chez eux (Défenseur des droits, avril 2025).
La lutte contre le narcotrafic : un spectacle sécuritaire qui ne règle aucun des problèmes de délinquance et de criminalité
Dès sa nomination le nouveau ministre de l’intérieur L. Nunez a annoncé que la « guerre contre les narcotrafiquants » serait une de ses priorités. En dehors des effets d’annonces, l’État ne semble pas disposé à mener le combat contre le blanchiment de l’argent de la drogue puisqu’il l’intègre pleinement au PIB et ne s’en prend jamais à la fuite fiscale des multinationales vers les paradis fiscaux.
Cela fait près de 50 ans que des politiques répressives sont appliquées aux seules classes populaires. En témoigne dernièrement le projet de loi SURE (2026) de Darmanin sur l’échelle des peines qui assume une justice à deux vitesses : durcissement des peines pour le narcotrafic, tandis que la délinquance financière ne passerait plus par la case prison.
Dans ce contexte les opérations « places nettes » et les descentes rapaces de Macron ou de ses ministres autour de familles endeuillées ne répondent pas aux attentes des populations. Une commission d’enquête du Sénat le confirme : ces agitations surmédiatisées n’ont eu pour effet que de déplacer les points de deal, parfois en sabordant les enquêtes qui ciblaient les grands réseaux. Cela se fait aussi au prix de destructions matérielles subies par les habitants comme récemment à Grigny où des portes ont été détruites indistinctement et sans avoir été indemnisées à ce jour. Le sommet du ridicule a sans doute été atteint à Grenoble en octobre dernier où 400 policiers ont été mobilisés sur la seule tour 74 du quartier Mistral pour interpeller 4 personnes, saisir une arme et 11 kg de stupéfiants. Mais une fois que les caméras de télévision sont éteintes, l’État n’agit pas réellement contre le marché de la drogue. Il renonce à augmenter réellement les moyens d’enquêtes pour faire baisser l’offre. Par exemple la loi narcotrafic (2025) pourtant affichée comme s’attaquant aux gros trafiquants a été accompagnée d’une baisse des moyens puisque dans le dernier budget il manquait 2500 enquêteurs et des dizaines de magistrats sur le seul trafic de stupéfiants. Et il renonce également à utiliser la prévention pour faire baisser la demande, à fournir une sécurité sanitaire par la prise en charge des personnes dépendantes et à ouvrir les débats sur la dépénalisation de la consommation de cannabis comme le font d’autres pays européens. Il ne reste plus alors aux préfets et aux maires qu’ à culpabiliser les consommateurs ou à soutenir publiquement des mesures pénales démagogiques (ex : renforcement des peines pour mineurs ou encore la loi Attal d’inspiration coloniale promettant une punition collective des familles).
Les discours sur le narcotrafic servent aussi de levier idéologique : en recourant à un vocabulaire martial, le régime fabrique un réflexe d’adhésion qui permet de légitimer l’escalade répressive et la course au financement d’armes toujours plus sophistiquées, dans un mouvement de militarisation de la police qui s’étend désormais aux polices municipales et aux agents de sécurité privés. À terme, cette logique fait peser le risque de transformer les quartiers populaires en laboratoires de guérilla, à l’image de ce que l’on a pu voir en Amérique du Sud.
La fuite en avant de mesures sécuritaires que nous subissons est donc en elle- même, non pas un aveu d’échec par rapport aux objectifs affichés de baisse de la criminalité et de la délinquance mais exprime au contraire une volonté politique d’intensifier la répression des classes populaires et ouvrières, qui s’ajoute aux violences sociales par la destructions d’emplois et aux violences institutionnelles par la destruction des conditions matérielles d’existence, (dématérialisation des droits sociaux, sanctions contre les allocataires du RSA, suppression des indemnités chômage sous couvert de lutte contre la fraude ou de contrôle des demandeurs d’emploi).
Les quartiers populaires sont nos lieux de vie, pas un décor pour leurs spectacles sécuritaires. Égalité des droits, préventions, proximité et investissements dans les services publics : voilà ce qui nous protège réellement.
Pour l’URC l’insécurité est avant tout une insécurité sociale des classes populaires, liée à la politique menée par le pouvoir au service de la classe bourgeoise. Dans le contexte actuel de concurrence capitalistique internationale et impérialistes, les classes populaires en France comme dans les autres pays sont les principales cibles des pouvoirs politiques et financiers prêts à toutes les guerres sociales pour maintenir leurs domination.
À l’échelle locale la question de la sécurité des personnes doit être menées de pair par :
- Un désarmement de la police pour lui donner le rôle de service à la population ;
- L’interdiction des contrôles aux faciès, le respect de la déontologie policière et l’égalité de traitement des habitants ;
- La fin de l’impunité des dirigeants d’entreprises, responsables politiques et policiers en particulier ceux liés aux réseaux du crime organisé ;
- Obtenir des candidat.es aux municipales un engagement clair : ne pas servir de relais local à l’économie de guerre, dont un des aspects est la militarisation croissante des forces de l’ordre
Au-delà de ces mesures immédiates, le combat doit être mené pour une réelle relance de l’activité économique par la réindustrialisation et la création d’emplois pour lutter contre le chômage et la précarité, rompre avec la financiarisation et la rémunération des actionnaires au détriments des salaires. Ce qui passe inévitablement par une sortie de l’Union Européenne au service de impérialisme US et de OTAN.
Nous pouvons par nos mobilisations arracher tout ou partie de ces mesures mais cela ne suffira pas pour mettre fin à la situation catastrophique des quartiers populaires. C’est en fait le capitalisme lui-même qu’il faut abolir pour le remplacer par un système social et politique prenant comme critère les besoins du peuple et non les profits des actionnaires. Une telle révolution n’est pas possible sans l’existence d’un parti communiste implanté dans toutes les catégories du salariat et des classes populaires.
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