Depuis le 4 août, Jülide Yazıcı, notre camarade communiste, militante de l’Union pour la Reconstruction Communiste, autrice pour la revue turque Teori ve Politika et réfugiée politique en France depuis 10 ans, est détenue en Albanie à la suite d’une demande d’extradition émise par les autorités turques par le biais d’une utilisation abusive des notices rouges d’INTERPOL.
Depuis plus de dix ans, Jülide milite pour des causes justes en Turquie et en Europe.
En France tout particulièrement, elle œuvre à la reconstruction d’un Parti communiste révolutionnaire et porte pleinement son engagement anti-impérialiste au sein de l’Union pour la Reconstruction Communiste.
En Turquie, Julide fait l’objet de poursuites dans un contexte de répression du mouvement kurde et de ses soutiens. Les faits qui lui sont reprochés sont qualifiés de « soutien logistique » au PKK par les autorités turques, qui les inscrivent dans le cadre de la lutte antiterroriste. Nous dénonçons le recours routinier à cette qualification pour criminaliser les engagements politiques et réprimer les solidarités avec le peuple kurde.
Après deux mois d’incertitude, la décision en première instance a été prise ce mercredi 21 octobre : l’Albanie acte l’extradition de Jülide vers la Turquie. Cette décision de première instance n’est pas définitive dans la mesure où Jülide va faire appel, faire valoir ses droits les plus fondamentaux. Néanmoins, cette décision profondément politique a été prise dans un contexte où le juge prétendait refuser toute considération politique. Ce dernier arguant à l’avocat de Jülide que son argumentaire basé sur le droit d’asile européen n’était pas à appliquer en Albanie, État qui prétend adhérer à l’Union européenne, État signataire de la convention de Genève de 1951 sur le droit d’asile.
Malgré ces dispositions juridiques, la justice albanaise a acté, en première instance, l’extradition de notre camarade.
Nous ne pouvons pas accepter les faits tels qu’ils nous sont présentés. Invoquant son refus de traiter politiquement l’affaire, le juge a pourtant émis une décision profondément politique : il a admis lui-même « s’en remettre au ministère de la justice albanais » qui, ici, n’est que le porte-parole de la volonté de l’État turc, et ce, au mépris du droit européen auquel l’Albanie prétend adhérer.
La France, dans ce contexte, joue un rôle majeur, et jusqu’ici, insuffisant. Quand le juge et le ministère de la justice albanais reçoivent des pressions de l’État turc, la France se contente du minimum : la protection consulaire, c’est-à-dire rendre visite à Jülide en prison et être présent lors des séances devant le juge. Or, la France est le pays qui a accordé le statut de réfugiée politique à Jülide, et, par là même, lui a fourni les documents nécessaires pour voyager. Ce statut oblige la France. Il apparaît aberrant que l’État français accorde aux réfugiés les documents nécessaires pour voyager hors de l’Union européenne sans leur garantir sa protection.
À l’heure où le pouvoir fascisant d’Erdoğan fait clairement pression sur la justice albanaise pour qu’elle aille dans son sens, nous, militants communistes en France, appelons notre État à assumer le rôle qu’il a choisi de porter en accordant le statut de réfugiée à Jülide. À l’heure actuelle, une personne bénéficiant du statut de réfugiée, et donc de la protection de l’État français, en procédure de naturalisation, est détenue illégitimement en Albanie.
Notre camarade n’est pas seule, nous continuerons de nous mobiliser, partout, jusqu’à sa libération. Nous appelons les autorités françaises à assurer la protection qui lui est due, à agir diplomatiquement, politiquement, pour permettre la libération de Jülide et enrayer ce simulacre de procédure judiciaire initié par l’État turc.


