Le front de lutte contre le Mercosur

En cette fin d’année, les syndicats du monde agricole ont entamé une mobilisation de longue durée contre la signature par la Commission européenne du traité de libre-échange avec les pays du Mercosur. Malgré la montée en puissance des mobilisations des agriculteurs, de leurs syndicats et le soutien de la gauche, la Commission européenne vient de signer cet accord le 17 janvier 2026. Dans contexte et pour quels intérêts cet accord a-t-il été signé ?

Du paysan à l’agrobusiness

Jusqu’au XIXᵉ siècle, l’agriculture française repose majoritairement sur une petite paysannerie (propriétaires, métayers, fermiers). Du fait de la faible productivité et de l’insertion limitée dans un marché national, les rapports sociaux sont non capitalistes et la paysannerie constitue une classe “intermédiaire”, ni pleinement prolétaire ni bourgeoise.

Depuis le début XXᵉ siècle, l’agriculture subit un développement proportionnel à la croissance du marché national et international. Pour répondre aux exigences d’amélioration de la productivité, tant en termes quantitatifs que qualitatifs, les petits paysans seront contraints de s’endetter massivement.

Cela creusera un écart croissant entre une bourgeoisie rurale de plus en plus riche et une petite paysannerie qui s’appauvrit, se prolétarise ou disparaît.

Après-guerre, l’agriculture entre pleinement dans le mode de production capitaliste. L’État bourgeois favorise cette structuration en subventionnant massivement les plus grosses exploitations, provoquant une élimination des petites structures, une concentration de la propriété foncière, une augmentation du salariat agricole et une spécialisation croissante des exploitations du fait de la mécanisation et de l’introduction massive d’intrants chimiques (engrais, pesticides, etc.). La domination du capital industriel et bancaire sur la production agricole est achevée.

À l’orée du XXIᵉ siècle, c’est le capitalisme agro-industriel et les firmes multinationales qui dominent l’agriculture en France et qui profitent de l’extorsion de la plus-value. Les travailleurs agricoles (“indépendants” ou salariés) sont captifs du capitalisme financier à toutes les étapes du cycle de production : en amont par le prix des infrastructures et des semences et, en aval, par la grande distribution. Les conditions de travail des salariés agricoles – souvent saisonniers et migrants – se dégradent. La soumission aux marchés mondiaux aggrave encore cette dynamique.

De fait, les paysans petits propriétaires deviennent des “prolétaires déguisés” : plus de 75% d’entre eux sont en fermage, c’est-à-dire qu’ils louent les terres qu’ils exploitent. Leurs conditions matérielles d’existence les amènent à surexploiter leurs salariés.

Les contradictions du monde agricole

De facto, les grands propriétaires terriens et la petite paysannerie ont des intérêts antagonistes. Ainsi, les gros (représentés par la FNSEA) ont tout intérêt à la signature de l’accord de libre-échange avec le Mercosur – non seulement parce qu’ils sont assez solides pour supporter la concurrence mais également parce qu’ils ont des actifs dans les pays du Mercosur – tandis que cet accord condamnerait définitivement les petits à mort.

Car l’accord avec le Mercosur ne pourra qu’accentuer la pression à la baisse des coûts de production et, ce faisant, la baisse des salaires, la dégradation des conditions de travail et des normes environnementales et sanitaires.

Qu’est-ce-que le Mercosur ?

Le Mercosur (de l’espagnol Mercado Común del Sur) est une zone de libre-échange qui regroupe plusieurs pays d’Amérique du Sud. Créé le 26 mars 1991, il est composé de l’Argentine, de la Bolivie, du Brésil, du Paraguay et de l’Uruguay. On trouve également des pays associés tels que le Chili, la Colombie, le Pérou ou l’Équateur. Le Venezuela est suspendu depuis décembre 2016. En réalité, le Mercosur est un outil au service du l’impérialisme (UE, États-Unis), qui institutionalise la division internationale du travail. Il la reconfigure la domination et l’enferment des économies des pays d’Amérique du Sud dans la seule production de matières premières (soja, viande, minerais) et augment leur dépendance vis-à-vis du capital impérialiste, dans le grand intérêt des bourgeoisies locales.

La lutte contre le Mercosur

C’est pourquoi, objectivement, les salariés agricoles et la petite bourgeoisie paysanne paupérisée ont tout intérêt à lutter de concert contre cet accord de libre-échange et, plus généralement, à se battre ensemble contre la grande bourgeoisie agro-industrielle. De même, ils ont tout intérêt à trouver des espaces de lutte et de réflexions en commun pour organiser autrement la production de l’alimentation dont nous avons besoin, à l’instar de la Confédération paysanne qui propose la mise en place d’une sécurité alimentaire — qui permettrait dans le même temps de garantir les revenus des agriculteurs, l’accès aux denrées alimentaires pour les salariés et la qualité sanitaire et écologique de la production.

Construire ensemble un front pour défendre la production agricole nationale échappant aux logiques du capitalisme financier et respectueuse des travailleurs de la terre et de l’environnement est un maillon essentiel de la défense des conditions de vie et de travail de notre classe.

Contre l’accord avec le Mercosur, unissons-nous !

À propos de la gestion de la “crise sanitaire”

La gestion de la crise due à la dermatose nodulaire bovine a permis, sous couvert de “gestion sanitaire”, l’abattage total de centaines de troupeaux de petits éleveurs.
En effet, alors que d’autres protocoles sanitaires avaient été proposés par les autorités sanitaires tels que la vaccination ciblée ou le maintien des animaux sains sous surveillance, le gouvernement Macron préfère l’abattage sanitaire obligatoire de l’ensemble du troupeau au premier cas détecté et la mise en place de zones interdisant le déplacement des animaux et les ventes.De plus, avec l’insuffisance des indemnisations des éleveurs, le gouvernement condamne nombre d’entre eux au surendettement et à la ruine à court terme, dans le plus grand intérêt des grands propriétaires.

Article issu du Manifeste n°33

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