C’est l’événement de la semaine, qui tourne en boucle dans les médias européens: Des dizaines de milliers de marocains franchissent au même moment la frontière entre le Maroc et la micro-colonie espagnole de Ceuta. Panique en Europe. Le “grand remplacement” est à son comble, “déferlement” unanimement condamné par les partis fascistes européens et ceux qui leur pavent la voie.
Tragique, générant nombre de noyades, cet évènement ne saurait rester hors de son contexte, au-delà des réactions affectives en Espagne et dans tout “l’espace Schengen”. La logistique de ce franchissement frontalier est notoirement organisée par le pouvoir marocain qui n’en est pas à son premier coup puisque en 2021 l’Espagne a dû faire face déjà à ce type de situation. L’objectif de l’opération est tout aussi limpide, à savoir : faire pression sur le gouvernement espagnol pour qu’il rentre dans le rang atlantiste et ainsi décourager toute velléité d’autonomie des autres gouvernements européens vis-à-vis de l’impérialisme hégémonique états-unien.
L’opposition de l’Espagne à la guerre contre l’Iran, sa condamnation du génocide sioniste en Palestine occupée, le renforcement de ses liens politique et économique avec l’Algérie, etc., constituent autant de choix contradictoires avec la stratégie de vassalisation totale des pays européens poursuivie par l’administration états-unienne, mais aussi avec les objectifs du Maroc de liquidation de la lutte du peuple sahraoui. La grande alliance réactionnaire entre Washington, Tel-Aviv et Rabat poursuit ainsi un triple objectif : isoler l’Algérie, liquider la lutte de libération nationale du peuple sahraoui et mettre au pas les pays européens qui refuseraient une vassalisation totale.
Comme sur de nombreuses autres questions, l’impérialisme n’hésite pas à instrumentaliser une cause juste pour la mettre au service de ses intérêts. Ce fut le cas avec la question Kurde en Syrie et c’est le cas aujourd’hui avec la juste et légitime revendication d’une décolonisation de Ceuta. Sous couvert, comme souvent, d’une cause “juste”, qui serait le retour légitime au Maroc de Ceuta (Sebta en arabe), on sert en réalité des objectifs géostratégiques sans rapport.
L’agitation de la “question migratoire” par les impérialistes vise à déstabiliser le gouvernement espagnol en suscitant la peur d’une arrivée massive de migrants. Les évènements de Ceuta de ces derniers jours ont ainsi donné lieu à une campagne raciste de l’extrême-droite espagnole les présentant comme le résultat logique de “l’appel d’air” qu’aurait constitué la campagne en cours de régularisation des sans-papiers. Dans les faits, ils sont le résultat d’une campagne d’encouragements sur les reseaux sociaux dans laquelle agissent les services secrets tant sioniste que marocain, avec même semble-t-il l’aide logistique de policiers marocains ou du moins un laisser-faire volontaire comme le montre certaines vidéos.
La leçon essentielle à tirer des évènements de Ceuta n’est pas l’existence d’une poussée migratoire massive en provenance d’Afrique mais la confirmation d’une volonté états-unienne d’imposer son hégémonie à tout prix, y compris à ses “alliés” européens. C’est cette logique qui constitue un des sous-bassement de la guerre en Ukraine qui coupe l’Europe d’une source importante de carburants et la rend de ce fait plus dépendante de Washington.
Cette même logique prend aujourd’hui la forme d’une menace de déstabilisation ouverte des pays européens récalcitrants à la vassalisation totale. Il s’agit à la fois d’une menace immédiate pour Madrid et d’un avertissement aux autres pays européens qui pourraient être tentés par une diplomatie moins atlantiste et unipolaire.
La “question migratoire” est censée déstabiliser à peu de frais le gouvernement ciblé par les forces réactionnaires et fasciste du pays, tout en propageant une vague de réprobation raciste dans les autres pays de l’UE en cours de fascisation. Vague propice à l’approfondissement d’une fracture entre une Espagne “non alignée” (jusqu’à un certain point) et l’axe des partenaires européens appuyant le projet de guerre mondiale des forces US (avec la Chine en ligne de mire).
Le gouvernement espagnol, au-delà de ses critiques envers les USA et Israël, est aussi sans doute devenu le maillon faible de l’UE, le pays plus ouvert, malgré les contraintes qu’impose le carcan européen, aux relations avec un Sud global largement diabolisé, en particulier avec l’Algérie et la Chine.
Les campagnes médiatiques occidentales cherchent ces derniers temps, par tous les moyens, à déstabiliser, voire à discréditer tout gouvernement dans les pays du Sud (mais aussi désormais au sein même de l’UE !), qui chercheraient à résister, même partiellement, même insuffisamment, à l’emprise impérialiste, ou à tourner souverainement sa diplomatie et ses échanges vers la nouvelle puissance chinoise, sûre, stable, non ingérente et hostile à la guerre.
Dans notre pays, cet évènement va raviver la flamme, un peu ternie par la corruption et les procès, du parti fasciste, autour de l’omniprésente obsession des “migrants”. Des témoignages recueillis sur place font état d’exactions commises par des groupuscules d’extrême droite contre des migrants ayant franchi la frontière, une réalité que nous condamnons sans réserve et qui doit être documentée. Nous, communistes, voulons rappeler à ce sujet, que le drame des exilés économiques, généré par les impacts locaux d’une crise généralisée du capitalisme que nous connaissons, est avant tout un drame pour les pays qui perdent leurs forces vives.
Il n’est une aubaine pour notre patronat qu’à condition de rester des Sans-Papiers sous-payés et corvéables à merci. Raison pour laquelle nous considérons centrale la lutte pour la régularisation des Sans-Papiers, sans tomber, donc, dans le piège raciste du soit-disant “problème de l’immigration”, surtout dans des pays en crise démographique majeure comme les nôtres.
Politisons-nous, déjouons ces pièges grossiers, qui ne peuvent plus masquer, derrière ses pions, le véritable responsable de la crise qu’ils nous font payer: le capitalisme impérialiste!


