La récente avancée des Houthis au Yémen avec la prise de positions stratégiques sur le littoral de la mer Rouge, notamment à Mokha, mais aussi la prise des îles Hanish et surtout de l’île de Périm au coeur du détroit de Bal el-Mandeb, constituent un événement majeur dans l’évolution du rapport de forces au Moyen-Orient. La dimension stratégique de ces conquêtes dépasse largement les frontières yéménites. Le détroit de Bab el-Mandeb est l’une des principales artères maritimes reliant l’océan Indien, la mer Rouge, le canal de Suez et la Méditerranée.
Ces prises de contrôle interviennent dans un contexte d’escalade régionale impliquant les États-Unis, Israël, l’Iran, l’Arabie saoudite et plusieurs puissances régionales et internationales. La guerre génocidaire à Gaza, la guerre coloniale contre l’Iran, les interventions américaines, les attaques contre les infrastructures énergétiques et les perturbations des routes maritimes ont transformé la région en un espace où plusieurs acteurs disposent désormais de capacités suffisantes pour remettre en cause les dispositifs de sécurité construits par Washington.
Dans ce contexte d’escalade guerrière des USA et d’Israël dans la région, les Houthis ont réussi à mener une attaque historique contre les forces alliées de Riyad et les attaques contre le territoire saoudien se sont intensifiées jusqu’à atteindre Riyad en septembre 2026. Les autorités saoudiennes ont confirmé une tentative d’attaque balistique contre la capitale et ont renforcé leurs demandes d’assistance militaire auprès de plusieurs partenaires. Cette situation pose une question fondamentale : que vaut réellement la protection promise par l’alliance avec Washington lorsque le principal allié régional des États-Unis se trouve lui-même exposé à des attaques qu’il ne parvient pas à empêcher ?
Dans ce contexte, l’axe de la résistance renforce sa capacité d’action régionale. Les liens entre “Ansar Allah” (véritable nom des Houthis) au Yémen et le Hezbollah au Liban s’inscrivent dans une histoire commune de résistance aux occupations, aux interventions étrangères et à la domination impérialiste. La propagande coloniale produite depuis le centre impérialiste cherche régulièrement à réduire ces forces à leur relation avec l’Iran, en les présentant comme de simples instruments de Téhéran. Cette lecture évacue leurs histoires propres, leur enracinement dans leurs sociétés et les conditions politiques qui ont permis leur développement. Le soutien politique, financier et militaire de l’Iran est une réalité ; il ne suffit cependant pas à expliquer à lui seul l’existence, la trajectoire et les choix de ces mouvements. Ansar Allah comme le Hezbollah sont issus de contextes nationaux spécifiques et ont construit leurs propres capacités politiques et militaires. Leur convergence avec l’Iran s’est développée dans le cadre d’une confrontation régionale avec Israël et les puissances impérialistes.
Ansar Allah en particulier s’appuie sur la longue tradition yemenite du zaydisme (courant du chiisme) qui considère comme central la lutte pour la justice contre la tyrannie.
Le Yémen montre aujourd’hui que les rapports de forces ne sont jamais immuables. L’ordre impérialiste traverse une crise profonde. La résistance à sa domination transforme progressivement les équilibres régionaux. Plus que jamais, la lutte contre la guerre doit aller de pair avec la lutte contre l’impérialisme et pour la souveraineté des peuples.
Face à la militarisation accélérée, à l’augmentation des budgets militaires et à l’extension des conflits, l’URC combat l’ordre impérialiste qui entraîne les peuples vers de nouvelles guerres et défend leur droit à disposer d’eux-mêmes.


