Communiqué de l’URC 37
Le 17 octobre 1961, des milliers d’Algériens descendaient dans les rues de Paris pour protester contre un couvre-feu raciste imposé par les autorités françaises. La réponse fut le massacre. Des hommes furent battus, assassinés, jetés dans la Seine. Cette violence d’État s’inscrivait dans une histoire coloniale où les populations dominées étaient privées de droits, réprimées et réduites au silence.
65 ans plus tard, un 17 octobre, des Gilets jaunes, des militant·es, des lycéen·nes, des étudiant·es et d’autres colères populaires peuvent se retrouver dans la rue. Les contextes sont différents, les revendications ne se confondent pas. Mais une même question traverse ces mobilisations… qui a le droit de se faire entendre, de contester l’ordre établi et de décider de son avenir ? La mémoire du 17 octobre 1961 ne peut se réduire à une commémoration. Elle nous oblige à comprendre comment les rapports de domination hérités de l’histoire coloniale continuent de marquer notre société. Comment les inégalités sociales se combinent aux discriminations d’un état racial. Comment les réponses sécuritaires deviennent la norme d’abord pour un segment de la population avant de s’étendre aux autres.
En ce 17 octobre, faisons vivre cette mémoire dans les luttes présentes. La mobilisation de la jeunesse lycéenne, qui prend d’abord naissance dans les colonies françaises avant de gagner les quartiers populaires et de s’étendre plus largement, nous rappelle que la périphérie est souvent le point de départ des secousses qui traversent ensuite toute la société. Celles et ceux que l’ordre dominant relègue aux marges sont aussi capables d’en devenir les premiers contestataires.
À l’heure où le recul de l’impérialisme français nourrit une crise politique et où certaines fractions de la bourgeoisie cherchent une issue dans l’autoritarisme et la fascisation, ces mobilisations portent une question fondamentale. Comment transformer les colères en une force collective capable de s’attaquer aux racines des dominations et de l’exploitation ? L’enjeu est de mêler les luttes de la jeunesse, des quartiers populaires et du monde du travail, en liant combat antiraciste et lutte des classes, pour construire une véritable dynamique d’émancipation populaire.
Nos luttes ont une histoire, nos combats un avenir. Des colonies aux quartiers populaires, des lycées au monde du travail, unissons-nous dans la lutte !
« Chaque génération doit dans une relative opacité découvrir sa mission, la remplir ou la trahir. »
Frantz Fanon


