URC Paris-IdF
Paroles de résistant
Extraits traduits de l’arabe de plusieurs interviews et paroles de Georges Ibrahim Abdallah depuis sa libération.
J’ai passé 41 années de résistance en détention oui, mais tant qu’il y avait de la résistance ici, les 41 années n’ont aucun sens sans votre résistance à vous. Le militant emprisonné résiste tant que ses camarades de luttes dehors sont aux premiers rangs de la confrontation avec l’ennemi et nous devons continuer à affronter cet ennemi jusqu’à son anéantissement. Israël est en train de vivre le dernier chapitre de son existence, il n’y a plus aucun chapitre restant.
C’est vous qui m’avez sorti de prison, il n’y a aucun destin ou prétendue justice ou autre rhétorique de ce genre ; c’est le rapport de force qui détermine la décision. Lorsque le prisonnier devient un fardeau, plus lourd à assumer pour le geôlier, que sa libération, grâce à la cohésion et à l’intensification des mobilisations militantes, on le libère.
La résistance palestinienne doit se poursuivre et s’intensifier à la hauteur de la résistance de ces silhouettes squelettiques des enfants qui se meuvent sous les regards contemplatifs de millions d’Arabes. En Égypte à quelques mètres d’Al Azhar, en Arabie Saoudite à quelques mètres des lieux saints (« Kaaba »), les enfants palestiniens meurent de faim. Où sont les 80 millions d’Égyptiens ? C’est un point noir dans leur Histoire, une honte pour les peuples arabes, plus encore que pour leurs régimes ; eux, les régimes, nous les connaissons depuis longtemps. Y a-t-il un seul martyr tombé en essayant de forcer la frontière pour pénétrer dans Gaza ? Aucun. Il suffirait que deux millions d’Égyptiens envahissent les frontières pour qu’il n’y ait plus de guerre génocidaire. L’arrêt de la guerre repose, en particulier, sur les masses populaires égyptiennes.
Tout Arabe devrait ressentir une honte profonde lorsqu’une gamine suédoise de 17/18 ans, Greta Thunberg, arrive en bateau aux abords des côtes de Gaza alors que les marins égyptiens contemplent tout ça de loin en pensant que dieu leur réserve ses récompenses au paradis. Soit, qu’ils franchissent les frontières de Gaza pour nous montrer le paradis…
Les martyrs sont le pivot principal de toute pensée libératrice et nous nous inclinons tous devant leurs sacrifices aujourd’hui, demain et pour toujours.
J’étais certain de revenir sur cette terre. C’était une évidence pour moi. La résistance est fortement enracinée dans cette terre, nul ne pourra l’en déraciner. Tant qu’il y a la résistance, il y aura retour à la patrie pour moi et pour tout être digne.
La résistance est loin d’être affaiblie. Ses honorables martyrs sont une preuve de sa solidité, même ses dirigeants sont des martyrs. La résistance est faible lorsqu’elle est dirigée par des traîtres or les dirigeants de notre résistance sont des martyrs, payent leur engagement de leur sang, par conséquent, elle est très solide. Nous devons aujourd’hui, plus que jamais, nous mobiliser autour de la résistance.
Quant à ma mère qui est décédée pendant ma détention, elle est comme toutes les mamans de prisonniers, résistantes… Elles-mêmes sont des martyres.
Si nous voulons la liberté, nous devons nous mobiliser autour de Gaza, avec la résistance. La Palestine restera notre boussole. La victoire est inéluctable. Merci aux martyrs, merci aux résistants de la Dhahia au sud Liban.
Toutes les factions et toutes les confessions au Liban ont intérêts à se rassembler autour de la résistance pour lutter contre l’occupation.
Décryptage
Notre camarade Georges Ibrahim Abdallah, bien qu’épuisé par un « voyage » physiquement et psychologiquement éprouvant, est enfin arrivé à Beyrouth ce vendredi 25 juillet 2025, à 14H30 (heure locale).
Après une nuit mouvementée, à cause de l’incertitude qui planait malgré tous les éléments matériels garantissant l’exécution du jugement, cette fois-ci, de sa libération et son extradition vers son pays d’origine, nous tentions, dès l’aube, avec des camarades, de communiquer avec ceux qui ont pu se rendre sur place, pour glaner, çà et là, des informations, sur d’éventuels mouvements de fourgons ou autres voitures de police, sortant de la prison de Lannemezan, avec notre camarade à bord, afin de reprendre un souffle coupé par l’angoisse. La nouvelle tombe enfin, très tôt le matin. Elle est relayée illico à tous les camarades de Paris, Beyrouth, le Caire, Tunis et partout ailleurs où ils attendaient impatiemment des nouvelles. Mais il est juste sorti de prison, escorté bien-sûr ; et commence alors une matinée de quête d’infos, ponctuée fort heureusement, par des appels et des messages de camarades de la Campagne, de longue date, jusqu’à l’arrivée de Georges à l’aéroport. Le décollage se fait enfin à 9H30 environ, avec quelques 16 minutes de retard interminables. Ouf, cette fois-ci, ça doit être bon, à moins que l’avion ne soit détourné de sa véritable destination. Cette « paranoïa » est certainement due aux nombreux retournements de situation tout au long des quelques vingt années d’engagement pour la libération de notre camarade, ponctuées par des fausses joies, à cause des entourloupes politico-judiciaires, et des injonctions de l’impérialisme américano-sioniste, que tout le monde connaît, pour contourner et faire annuler des décisions de justice favorables à sa libération. Son avocat ayant été peu rassurant sur le dernier procès en appel, nous n’osions croire définitivement à l’exécution de la décision de justice. Le doute planait et nous rongeait, jusqu’à son arrivée à Beyrouth. Ça y est, l’avion s’est enfin posé sur la piste d’atterrissage et Georges est bien dedans. Quel soulagement ! Là nous commençons à y croire vraiment … et puis voilà les images. Il a l’air un peu fatigué mais marche d’un pas assuré. Il s’approche de la caméra d’un groupe de journalistes venus l’accueillir à l’intérieur de l’aéroport, l’œil vif, la parole claire et assurée, un poing levé et un bras autour des épaules d’un proche qui s’agrippait à lui sans le lâcher une seule seconde, il commence à répondre aux questions, étonnement frais et déterminé, comme s’il avait dormi toute la nuit.
Autant son départ fut silencieux à l’aéroport de Roissy- Charles de Gaulle, vu les interdictions et les dispositions policières draconiennes qui l’ont accompagnées, autant son arrivée à Beyrouth et l’accueil populaire qui lui était réservé était impressionnant. A l’intérieur de l’aéroport, Georges est accueilli par les dirigeants et des délégations de certains partis politiques libanais. Le Parti communiste libanais, bien entendu, mais également, des représentants du Hezbollah, du Mouvement Amal, du Parti social-nationaliste syrien…
Dehors, une foule en liesse l’attendait. Des drapeaux libanais, palestiniens, yéménites, des étendards du Hezbollah, des mamans, voilées ou non, portant des portraits de leurs enfants, prisonniers ou martyrs, des portraits du Sayed Hassan Nasrallah, des combattants armes à la main, de la musique et des chants révolutionnaires … tous scandent le nom de Georges. Les trottoirs remplis de monde nous rappelaient les images de l’enterrement du martyr Chef du Hezbollah, assassiné par l’entité sioniste il y a bientôt un an déjà. Une mobilisation sans précédent, d’autant plus qu’il n’y avait pas vraiment d’organisation, puisque selon les informations données par la France aux autorités libanaises, son extradition vers le Liban était prévue le samedi 26 juillet et non vendredi 25. Il décide de descendre de la voiture qui l’emmenait vers son village natal de Kobayat au nord du pays, il prend son premier bain de foule après 41 longues années d’incarcération. Toujours le poing levé malgré l’épuisement à peine visible, il répond à un jeune homme armé qui s’approche de lui et lui pose la question : « et les armes de la résistance ? ». Georges le prend affectueusement par l’épaule et l’enlace en hochant de la tête en avant et lui murmure doucement : « Oui oui » en lui tapotant l’épaule.
Cette question des armes de la résistance occupe actuellement, au Liban comme en Palestine, une place prépondérante dans le débat politique. En effet, les injonctions de Trump et des sionistes à désarmer la résistance au Liban et en Palestine sont récurrentes et se posent en conditions pour tout accord de cessez-le feu. Alors que la résistance refuse catégoriquement de rendre les armes, les autorités libanaises pataugent entre un premier ministre totalement acquis à l’impérialisme américano-sioniste et un président de la République, Militaire de carrière, plutôt patriote libéral. Telle est l’impasse politique au Liban actuellement. Notre camarade, symbole d’une résistance exemplaire a été clair sur le ralliement de toutes les factions, malgré leurs divergences, à la résistance. L’armée libanaise très affaiblie, n’est pas en mesure de faire face, à elle seule, à toute nouvelle attaque siono-américaine. L’alliance américano-sioniste a détruit l’armée syrienne et a pour projet imminent de détruire l’armée libanaise mais en s’assurant d’abord de désarmer la résistance. Le projet est clair et les autorités libanaises en sont conscientes car il leur est demandé de confisquer les armes de la résistance pour qu’elles soient détruites et non ajoutées à l’arsenal militaire national.
La presse arabe dans son ensemble, a relevé l’humilité exceptionnelle de ce grand résistant. Ses propos étaient focalisés sur sa boussole et la nôtre, la Palestine. Toutes les questions le concernant personnellement ou même concernant ses 41 années de détention, il y répondait de manière succincte, les remettant dans un cadre plus général. Pour ceux qui lui parlent de sa résistance derrière les barreaux, il leur répond que sans la mobilisation collective, il n’aurait pas tenu le coup. Sa maman décédée pendant son incarcération ? La question le fait un peu sourire car il la considère comme une martyre, tout comme les autres mamans de prisonniers, ajoute-t-il. Très peu de personnes peuvent se vanter de pouvoir s’élever aussi haut. Si nous avions des milliers de Georges Ibrahim Abdallah qui mettent l’intérêt commun et la cause qu’ils défendent au-dessus de toutes considérations bassement individuelles, l’état de la gauche radicale aurait été tout autre et peut-être que nos ennemis de classe auraient eu du mal à triompher en écrasant littéralement les classes populaires.
Notre frère, notre camarade, a appelé à la cohésion et au dépassement des divergences. Pour cela il faut une volonté, de nous tous, d’oublier nos guerres de chapelles, d’oublier nos egos parfois surdimensionnés. Il nous l’avait tellement répété lorsqu’il était derrière les barreaux et qu’il nous adressait des messages, pour nous dire qu’il était avec nous, à chacune de nos mobilisations : « c’est ensemble et seulement ensemble que nous gagnerons camarades » répétait-il. Il a réitéré le même message en direction des masses arabes abruties et écrasées par des régimes vassaux. Il les appelle à se réveiller, à réagir, à sauver les enfants de Gaza d’un génocide innommable et d’une famine organisée en tant qu’arme de génocide. Il les appelle à s’allier et à se rassembler autour de la résistance s’ils ont encore un peu de dignité, à prendre la Palestine comme boussole et sa défense active et matérielle pour sauver leurs propres territoires et leurs propres humanités.
Ses paroles tombent comme un couperet, les journalistes et la foule, sont subjugués. Comment cet homme peut-il être aussi fort, aussi percutant et aussi éclairant, comme une étincelle pour la conscience arabe ? Surtout après tant d’années d’injustice et de résistance. Rien n’épuise un révolutionnaire. Georges est apparu plus fort et plus clairvoyant que jamais. Les révolutionnaires sincères ne s’éteignent jamais et son étoile éclairera encore longtemps nos chemins. Bon vent camarade ! Tu resteras notre Président d’honneur, notre fierté, notre inspiration et nous ne serons jamais loin de toi, jusqu’à la Victoire finale car, comme tu l’as toujours clamé, ce sera « la Victoire ou la Victoire » !