Les élections présidentielles au Brésil ont représenté un choix de classe fondamental pour l’ensemble de l’Amérique latine.
Face à la montée du fascisme international et à l’agressivité de l’impérialisme étasunien, le Brésil de Lula représentait un pôle de résistance ; c’est ce pôle qui sort aujourd’hui vainqueur et il est logique qu’un “ouf” de soulagement ait retenti à travers la planète.

Un bilan électoral qui témoigne de la mobilisation populaire
Les chiffres de cette élection sont éloquents :
Lula da Silva :
- 1er tour : 45.16% (53 879 538 voix)
- 2e tour : 51.79% (64 256 232 voix)
Flavio Bolsonaro :
- 1er tour : 47.03% (56 104 503 voix)
- 2e tour : 48.21% (59 826 041 voix)
Source : Wikipédia
Ce résultat prend un caractère historique; c’est la première fois qu’un candidat présidentiel brésilien, n’ayant pas terminé en tête au premier tour, inverse la tendance et remporte le second tour. Cette victoire n’est pas un hasard, mais le fruit de mobilisations de la classe ouvrière et des couches populaires.
Il est essentiel de souligner le travail d’organisation et de terrain qui a permis ce retournement de situation. En mobilisant plus de 11 millions de suffrages supplémentaires entre le premier et le second tour, le peuple et les mouvements sociaux ont assuré la victoire de Lula.
Le “président ouvrier”, dont l’adversaire bourgeois fasciste moquait avec mépris l’annulaire perdu par un accident du travail, l’a donc finalement devancé de plus de quatre millions de voix (contre une avance de deux millions au dernier mandat), prouvant, si c’est encore nécessaire, que les médias qui l’annonçaient perdant par 11 sondages sur 12, cherchent par tous les moyens à servir leur classe.
Beaucoup ont d’ailleurs compris les perturbations techniques des transports publics dans de nombreux quartiers populaires et communautés indigènes le jour du vote comme des actes de sabotage délibérés de cette bourgeoisie aux abois…
Pourquoi cette victoire est importante
Flávio Bolsonaro, héritier politique du complot putschiste de son père Jair Bolsonaro (condamné à 27 ans de prison pour tentative de coup d’État), incarne la fraction la plus réactionnaire de la bourgeoisie brésilienne. Pendant le mandat de son père :
- 700 000 travailleurs sont morts pendant la pandémie du Covid à cause de la mauvaise gestion
- Les programmes d’aide aux plus pauvres ont été détruits
- La protection de l’Amazonie a été démantelée
- La démocratie a été menacée par une tentative de coup d’Etat
Flavio Bolsonaro voulait aller encore plus loin. Il voulait supprimer les aides, privatiser les services publics, détruire l’éducation pour tous, et donner l’Amazonie aux multinationales, c’est- à-dire misère, pauvreté et répression.
Au premier tour, l’abstention était de 21,5%, reflet d’une forte défiance envers la classe politique, y compris vis-à-vis de Lula. Si les communistes du PCdoB notamment, mais aussi le Mouvement des Sans Terre (MST) ont soutenu Lula dès le 1er tour, d’autres forces communistes comme Unité Populaire ou le PCB s’étaient présentés, obtenant certes des scores négligeables, mais qui étaient l’expression d’une défiance de certains secteurs des couches populaires. Le résultat des élections parlementaires, qui se sont déroulées le 4 octobre, donc en même temps que le 1er tour des Présidentielles, montre aussi cette difficulté: la droite conservatrice a obtenu la majorité dans les deux chambres du Parlement.
Toutefois, entre les deux tours, face au danger réel, un sursaut antifasciste a mobilisé près de 3 millions de personnes supplémentaires et une part de l’électorat du 1er tour qui n’avait pas voté Lula. Cette mobilisation populaire a permis de faire basculer le rapport de force et offrir la victoire à Lula.
L’impérialisme USA derrière Flávio Bolsonaro : la défense de l’hégémonie sur l’Amérique Latine
Cette victoire brésilienne s’inscrit dans un contexte plus large. Depuis plusieurs années, les USA poussent leur avantage en Amérique latine pour maintenir leur domination sur le continent. Leur stratégie est claire : contrôler les ressources naturelles, telles que le pétrole, les minerais et l’Amazonie. Mais aussi empêcher les pays de l’Amérique latine de coopérer entre eux sans passer par Washington.
C’est ce qu’ils appellent le “corollaire Trump” à la doctrine Monroe, une vieille idée qui dit que l’Amérique latine est leur “l’arrière cour”. Pour imposer cette domination, ils soutiennent les forces d’extrême-droite dans chaque pays, financent des organisations qui déstabilisent les gouvernements progressistes, et utilisent tous les moyens, par exemple : la pression économique, manipulation médiatique, ingérence directe dans les élections, etc.
Au Brésil comme ailleurs (Venezuela, Colombie, Bolivie, Argentine, Chili, etc.) on a vu ces méthodes : financement de campagnes contre la gauche, fausses informations, pression sur les institutions, etc.
Les États-Unis soutiennent activement Flávio Bolsonaro parce qu’il représente le garant le plus fiable de la subordination du Brésil aux intérêts du capital financier nord-américain. Les discours de Flávio Bolsonaro sur la « souveraineté » sont une fumisterie : son programme économique prévoyait la privatisation accélérée des ressources naturelles (Amazonie, minerais stratégiques, etc) au profit des multinationales étatsuniennes, la militarisation de la région amazonienne sous prétexte de « sécurité continentale », et l’alignement total sur la politique étrangère de Washington contre la Chine, la Russie et les gouvernements progressistes de la région.
Un Brésil sous contrôle bolsonariste serait devenu le gendarme régional de l’impérialisme étasunien. Servant de base arrière pour amplifier l’emprise US sur le Venezuela, isoler Cuba, réprimer les mouvements sociaux en Colombie, et briser les tentatives d’intégration latino-américaine aux BRICS par exemple. C’est la doctrine Monroe réactualisée : l’Amérique latine doit rester l’« arrière-cour » des États-Unis, exploitée, pillée, et maintenue dans la néo-colonialité.
Après le retour de nombreux pays du sous-continent dans la nasse de l’ultralibéralisme sous la férule de partis fascistes, la victoire de Lula est objectivement un coup d’arrêt au processus de recolonisation US.
La nécessité d’aller plus loin que de la victoire de Lula
Le peuple a voté contre le fascisme que représente Bolsonaro, mais la lutte ne s’arrête pas là. Pour que les conquêtes sociales soient vraiment défendues et que d’autres soient gagnées, il faut que les travailleurs et travailleuses, paysans, chômeurs et chômeuses, retraités, étudiants et étudiantes continuent à s’organiser et à exercer la pression sur le gouvernement. Cette mobilisation du peuple est d’autant plus importante que la droite et son extrême sont majoritaires aux deux chambres et voudront bloquer toute avancée et imposer des reculs. La victoire de Lula est un soulagement mais elle ne résout pas tout. le fascisme n’a pas disparu. Le fascisme, c’est l’arme terroriste du capital financier contre la classe ouvrière.


