Une loi scélérate pour museler le débat politique
La proposition de loi portée par la député Renaissance Caroline Yadan « visant à lutter contre les formes renouvelées de l’antisémitisme », dite loi Yadan, n’aura pas été soumise au vote à l’assemblée nationale le 16 avril, retirée in extremis par les députés du groupe Renaissance. C’est le résultat d’une forte mobilisation pour défendre la liberté d’expression et le droit de défendre les peuples opprimés, qui s’est exprimée notamment par la pétition ayant rassemblé plus de 700 000 signatures.
Certes le gouvernement annonce pour juin un autre projet de loi sur le même thème, mais qui devrait être légèrement différent (ou moins ouvertement pro-sioniste ?). Dans tous les cas, ce retrait de la loi Yadan est clairement une première victoire.
La proposition de loi Yadan, par le biais de modifications du code pénal, visait :
- A criminaliser l’antisionisme, à savoir la contestation de la légitimité de l’État d’Israël et du projet sioniste, et à l’assimiler à de l’antisémitisme. Criminalisation condamnée par la création d’un nouveau délit ubuesque de « négation d’un État reconnu par la France ».
- A assimiler le soutien à la résistance palestinienne à de l’apologie du terrorisme.
La critique publique des crimes commis par l’État d’Israël y devient fortement restreinte et la comparaison de ces crimes avec des crimes passés (par exemple, les crimes nazis) se voit potentiellement assimilée à du révisionnisme historique.
En plus de museler le débat politique en excluant juridiquement l’antisionisme du débat public et en empêchant de nommer un génocide pour ce qu’il est, la loi Yadan ne sert en rien son objectif proclamé de lutte contre l’antisémitisme, pire, elle brouille les pistes, vide le terme de son sens et l’érige en simple outil de terrorisme intellectuel.
La continuité d’une logique impérialiste française
La loi Yadan est, in fine, la consolidation juridique d’une logique de criminalisation du soutien du peuple palestinien que la bourgeoisie impérialiste française, radicalisée, embrasse depuis le 7 octobre. Dès lors qu’il y a eu des contestations massives contre les actions génocidaires du régime israélien, le milieu politique et médiatique a tout fait pour décrédibiliser la parole anti-impérialiste par de vastes opérations de désinformation et de calomnies, en témoignent le traitement politique et médiatique des mouvements de solidarité pour la Palestine. S’ajoutent à cette escalade l’arrestation et la mise en garde à vue arbitraire de Rima Hassan dont on découvre qu’elle a fait l’objet d’écoutes et de surveillance par la police depuis plusieurs mois, en dehors de tout cadre légal.
Un bloc impérialiste qui ne peut plus face à des peuples qui ne veulent plus
L’accélération récente de la répression s’inscrit dans un contexte global : le bloc impérialiste, entre la visibilité croissante de ses ingérences et de ses crimes de guerre et sa débâcle militaire contre l’Iran, perd en hégémonie, ne parvient plus à obtenir le consentement de sa population et tente de resserrer les rangs. L’intensification de la répression des mouvements anti impérialistes, loin de se cantonner à la France, s’observe dans tout le bloc atlantiste, des États Unis à la Pologne, en passant par Israël.
L’URC dénonce par avance tout nouveau projet de loi qui, de près ou de loin visera à faire taire les soutiens de la cause palestinienne. Nous serons de toutes les mobilisations, pour la défense des libertés démocratiques, pour le droit de caractériser le sionisme pour ce qu’il est, à savoir fondamentalement « une forme de racisme et de discrimination raciale » pour employer les mots de la résolution 3379 de l’Onu du 10 novembre 1975.


