Vendredi 23 octobre, un suprémaciste blanc a tiré en rafales depuis sa voiture sur des passants à Trappes et à La Verrière. Pengo Bossio Wangi, un jeune homme de 26 ans, a été tué et plusieurs autres grièvement blessées, dont une enfant de 12 ans qui a été criblée de 8 balles dans le corps alors qu’elle avait attaché un foulard sur sa tête pour aller à la piscine. Le tueur visait des personnes noires ou identifiées comme musulmanes ou d’origine maghrébine en prétendant vouloir « venger les commerçants » suite aux révoltes du 17 octobre.
Le parquet national antiterroriste a retenu le mobile raciste. L’URC présente ses sincères et fraternelles condoléances à la famille de la victime et sa solidarité aux blessés, à leurs proches et aux habitants de Trappes et La Verrière.
Cet acte terroriste raciste, négrophobe et islamophobe s’inscrit dans une longue liste de meurtres qui ciblent la population issue de l’immigration post-coloniale en France, d’origine maghrébine ou africaine. Depuis des décennies, un large spectre politique – de l’extrême droite jusqu’à y compris une certaine gauche voire extrême-gauche – nourrit l’islamophobie (parfois au nom d’une « laïcité » dévoyée) et les rhétoriques racistes pullulent, donnant de l’audience aux théories fumeuses du « grand remplacement » conceptualisé par l’idéologue d’extrême droite Renaud Camus.
Ces discours se traduisent par des lois d’exceptions (loi de 2004 sur le voile, loi immigration, loi séparatisme) et des pratiques de discriminations massives et arbitraires (assignations à résidence, restrictions de déplacements, gel des avoirs, multi-verbalisations et perquisitions de domiciles) à l’encontre des musulman.es et des immigrés visant à créer la figure d’un « ennemi intérieur ».
Les médias de la bourgeoisie et le RN qui déversent quotidiennement une propagande criminelle contre ces populations doivent également être tenus pour responsables. On se souvient par exemple du président du RN Jordan Bardella qui affirmait que Trappes était une « République islamique en miniature » en 2022 présentant toute une ville comme la « capitale européenne du djihad », ou encore dernièrement on se souvient de tous les débats racistes autour du 17 octobre et la participation de la jeunesse des quartiers populaires aux mobilisations.
Quand la population issue de l’immigration post-coloniale n’est pas la cible de violences policières dans les quartiers populaires, elle sert d’exutoire et de bouc émissaire idéologique de l’extrême-droite et des gouvernements successifs, notamment depuis 2017 pour dévier le problème des responsabilités politiques de casse sociale et économiques de la crise du capitalisme. Ces discours racistes, et la constitution du musulman comme figure d’ennemi intérieur, visent dans un même temps à légitimer les guerres impérialistes dans le monde arabe notamment, mais aussi à justifier un ensemble de mesures d’exceptions et des pratiques policières racistes dans les quartiers populaires. Les humiliations quotidiennes subies par ses habitants étant directement inspirées des doctrines de contre-insurrection de la période coloniale. Parce que cette population est issue des anciennes colonies françaises, on lui fait aussi payer les évictions des entreprises monopolistes et de l’armée française du Sahel, ainsi que le recul de l’impérialisme français dans ces pays.
Au final, ces politiques racistes permettent de diviser le prolétariat en France et ont préfiguré les méthodes fascisantes dorénavant appliquées aux mouvements sociaux et organisations de gauche.
Au-delà de la situation préoccupante de cette population, c’est toute les classes populaires qui sont visées par les inégalités sociales, économiques et les remises en cause du services publics qui sont censés garantir l’égalité de traitement.
Les musulmans, les migrants, les rroms… ceux qu’on appelle les minorités font partie intégrante de la classe ouvrière et populaire et sont confrontés à un même ennemi de classe : les tenants du capitalisme et ses relais idéologiques au sein de la société française.et les institutions.
Dans cette situation, l’URC exige l’abrogation des lois d’exceptions frappant les musulmans et les immigrés. Il est grand temps d’abattre l’exceptionnalité française en matière d’islamophobie qui inspire tant les suprémacistes blancs du monde entier (du tueur des mosquées de Christchurch en 2019 à celui des Yvelines aujourd’hui). La rapide levée de la garde à vue pour « motifs psychiatriques » du tueur suprémaciste blanc des Yvelines est une stratégie délibérée du régime pour continuer à invisibiliser ce racisme d’Etat qui contamine la société pour mieux le perpétuer.
Face à cette stratégie d’invisibilisation, notre réponse collective est le refus de laisser cette question de côté le temps de l’élection présidentielle. Comme communistes, nous poursuivons notre investissement dans le mouvement anti-raciste et au sein des quartiers populaires où se trouvent nos populations les plus fragilisées. Ces questions sont des enjeux politiques nationaux, à mettre en lumière aux côtés des organisations anti racistes, des associations de quartiers et de familles de victimes dans la perspective d’unir le prolétariat et les classes populaires de ce pays.
En réponse à cette situation, l’URC appelle notre camp social et politique à se mobiliser de toutes ses forces pour :
- L’abolition de tout l’arsenal de lois d’exceptions et de pratiques discriminatoires mettant une cible dans le dos des musulman.es et des immigrés
- Exiger la sécurité pour les quartiers populaires et les lieux de cultes musulmans notamment par une transformation radicale de l’appareil répressif policier.
Dans l’immédiat, l’URC appelle à participer aux rassemblements prévus dans de nombreuses villes ce lundi 26 octobre, et plus généralement à renforcer les différentes initiatives antiracistes et décoloniales locales ou nationales pour imposer un rapport de force durable.


